• PROJET : SALLE DE MONTRE JANOR

    Lieu (typologie) : Un showroom professionnel occupant un étage complet (9 650 pieds carrés) dans un immeuble à vocation manufacturière  Date de réalisation : 2008 Client : Janor, fabricant et importateur-distributeur de prêt-à-porter féminin


    «En 2007, j’ai réalisé pour le client une petite salle d’exposition à Toronto. Quand il m’a confié ce nouveau projet, son mandat tenait à une phrase : quelque chose dont le tout Montréal mode parlera, comme ça été le cas des Torontois… Le défi? Créer l’événement en restant discret. Si le décor apparaissait, ce serait le signe d’une incompréhension absolue de ce qu’est un showroom».

    Il fallait donc de la modestie. Se confiner à la notion d’un conteneur neutre plutôt qu’imposer un style qui parasiterait la marchandise exposée. Pas question évidemment de viser l’anonymat. Le showroom devait au contraire transmettre le message fort que l’entreprise se situe à la fine pointe de la tendance internationale, aussi bien en design qu’en mode. Il s’agissait en outre de générer une ambiance où l’acheteur se sentirait à la fois privilégié, à l’aise et coupé du monde extérieur. Autrement dit : In the mood for buying.

    À l’exemple des maisons haute-couture,  l’ascenseur s’ouvre directement sur le hall de réception. Dès l’entrée, le visiteur jouit des éléments essentiels au luxe dans sa version d’aujourd’hui, l’espace et le calme. Un plafond suspendu dissimule l’appareillage technique et mécanique, un système générateur de bruit blanc (white noise) neutralise le brouhaha ambiant, l’omniprésence du blanc dématérialise les surfaces. Seules éléments décoratifs, deux urnes anciennes monumentales sur socle vert fluo. Combinées aux grandes photos couleurs de Diana Shearwood, illustrant des silos de Vieux-Port, elles  «humanisent»  le minimalisme de la pièce.

    On croirait l’antichambre d’un riche galeriste d’art contemporain.  Sauf que derrière le comptoir d’accueil, une salle d’exposition annonce déjà la finalité du lieu. Au travers la cloison de verre, où d’imperceptibles inclusions de céramique blanche troublent légèrement la perspective et diffusent une luminosité opaline, les vêtements apparaissent comme un rêve. Une ouverture, pleine hauteur mais étroite, marque l’accès au couloir qui dessert l’espace showroom, implanté en "L" le long des murs fenêtrés. Dévoiler peu à peu pour mieux séduire, tel est le leitmotiv du projet.

    Pour des raisons évidentes de flexibilité, aucun mur ne fragmente la salle exposition-vente dont le volume se module, selon les collections et les saisons, à l’aide d’écrans présentoirs mobiles. Là encore, des cloisons de verre à inclusions marquent la frontière entre zone commerciale et aire de circulation. Ouvertes à chaque extrémité, elles donnent au couloir l’aspect convivial d’une rue piétonnière bordée de boutiques chic. Au choix, l’acheteur peut entrer et ressortir d’une section spécifique (robes cocktail, tailleurs, fourrures, etc.) ou circuler à l’intérieur, d’une collection à l’autre, afin d’avoir une idée générale des tendances mode. 

    Le décor - ou plutôt l’anti-décor – du loft d’exposition s’ancre sur la notion de valorisation par contraste, où l’absence de repères fait ressortir les vêtements. Plafond, murs, sol et mobilier se confondent en une palette de blancs chauds qui permet de capter l’originalité des modèles et la juste couleur des étoffes. La structure en acier des porte-manteaux suspendus est d’une discrétion exemplaire, une moquette confortable étouffe le bruit des pas, la hauteur réduite du plafond crée un sentiment d’intimité. Pour éviter que l’attention ne soit distraite par la vue sur la ville, les murs de fenêtres sont habillés de voilages en lin. La lumière du jour ainsi filtrée prend une couleur de miel, douce et moelleuse.

    Vider les lieux tout en les chargeant de sens, de sensualité et d’émotion : on l’aura compris, le design modeste est un exercice de haut vol. Il demande une maîtrise totale de l’espace, des matériaux, de l’éclairage, et, étrangement, encore plus de créativité que l’over-design. 

    Chargé de projet : Marc Bherer / Texte : Myriam Gagnon / Photos : André Doyon